Quand le Conseil fédéral se moque de 226’000 personnes

Par Jérôme Marchon


L’affaire n’a pas – encore – fait grand bruit de ce côté-ci de la Sarine; dans leur édition du 15 août 2020, plusieurs journaux régionaux alémaniques relatent la colère d’auto-suisse, l’association faîtière des importateurs automobiles en Suisse. A deux reprises, ses dirigeants ont demandé audience auprès de Simonetta Sommaruga, Présidente de la Confédération et directrice du DETEC (Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication). Ils souhaitent s’entretenir avec elle à propos des conséquences de la crise du Covid-19 pour l’industrie automobile helvétique. Malheureusement pour eux, ces requêtes sont restées lettre morte.

Malgré le ralentissement très marqué des ventes, les importateurs automobiles ne réclament pas d’aide financière directe de la Confédération. Comme d’autres domaines d’activité, l’industrie automobile a pu bénéficier des mesures de chômage partiel et des prêts garantis par l’Etat.

En revanche, le secteur fait face à un autre problème; l’entrée en vigueur au 1er janvier 2020 de la limite d’émissions de CO₂ à 95 g/km. Il lui est impossible de respecter cette prescription en 2020. A l’arrêt quasi total des activités de vente durant plusieurs semaines, s’ajoutent d’autres raisons exogènes; la fermeture des usines, la mise en place d’incitations financières pour les véhicules propres dans de nombreux pays européens qui captent la production actuelle et le report du lancement de nouveaux modèles vertueux. Le marché suisse n’est donc pas suffisamment approvisionné en véhicules hybrides et électriques. Et l’objectif d’émission s’éloigne à mesure que les jours s’écoulent. Selon les premières estimations, les importateurs suisses devront s’acquitter de sanctions d’environ 100 millions de francs pour 2020… Un montant directement encaissé par la Confédération. Auto-suisse demande donc légitimement le report de l’entrée en vigueur de la nouvelle valeur-cible d’un an, le temps que le marché se rééquilibre et se normalise.

Deux poids, deux mesures?

Le secteur automobile suisse est victime ni plus ni moins d’une manoeuvre politique mesquine de Simonetta Sommaruga. De plus, le dédain manifesté par les autorités fédérales démontre encore une fois l’ignorance crasse dont nos responsables politiques font preuve. L’économie automobile suisse contribue, avec ses 94,4 milliards de francs de chiffre d’affaire annuels, à hauteur de 13% du PIB helvétique. Près de 20’000 entreprises sont actives dans le secteur et emploient 226’230 personnes.

Rappelons, à titre de comparaison, que le tourisme suisse génère 47,7 milliards de francs de revenus et emploie 175’500 collaborateurs. Le secteur touristique a bénéficié d’un montant de 40 millions de francs à titre d’aide supplémentaire Covid. Sans parler des transports publics qui vont se partager un cadeau mirifique de 700 millions de francs. Cherchez l’erreur!

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