Gordon Murray Automotive – Ca va ch*** dans le ventilo!

Gordon Murray, le père de la mythique McLaren F1, lui offre une fille spirituelle; la Gordon Murray Automotive – GMA T.50. Limitée à 100 exemplaires, la T.50 embarque une kyrielle de solutions techniques originales, marque de fabrique du génial ingénieur.

L’âge de la retraite n’a pas encore sonné pour Gordon Murray! A 74 ans, l’ingénieur sud-africain ne se satisfait pas d’un CV aux lignes prestigieuses, dont la conception de bolides parmi les plus mythiques des décennies 70 à 90 en Formule 1 pour Brabham et McLaren. Au début des années 90, il endosse le rôle de directeur technique pour la filiale Automotive nouvellement créée par McLaren. Murray imagine et conçoit la McLaren F1, supercar de route la plus extraordinaire de son temps et élevée aujourd’hui au rang de mythe. Plus récemment, GMA s’est illustré dans la conception de composants, véhicules de transport et d’auto-partage, ou encore l’arlésienne TVR Griffith. Murray nous présente donc son cinquantième projet, logiquement dénommé… T.50.

A l’instar d’Adrian Newey qui a bénéficié d’une carte blanche totale pour la conception de l’Aston Martin Valkyrie, Gordon Murray a voulu créer “sa” supercar. Celle qui répondra à ses désirs et attentes – et un peu ceux de ses clients. Vu la profusion de propositions dans ce segment, la fenêtre de tir est étroite pour GMA. Sachant d’autant plus que la Speedtail de McLaren s’affiche déjà comme l’héritière de la McLaren F1…

Le plaisir avant tout

Qu’à cela ne tienne. Les priorités absolues de Murray sont le plaisir de conduite et la pureté des sensations. “Nous voulons réaliser la dernière et la plus fantastique des supercars ‘analogiques’ jamais réalisées” confie Gordon Murray. Il prend donc à contrepied la course à l’armement devenue la norme chez les supercars. Point de chevaux par milliers et couple de camion. Encore moins de turbos ou d’hybridation. Le 0 à 100 km/h? “J’en ai aucune idée”, répond malicieusement l’ingénieur, petit rictus sous la moustache.

En faisant fi de toutes ces considérations, Gordon Murray et son équipe se sont concentrés sur un seul objectif: la masse. La T.50 s’équipe donc d’un châssis et d’une carrosserie en carbone. Le moteur est semi-porteur et chaque composant de l’auto a fait l’objet d’une réflexion poussée quant à son poids et sa fonction. Résultat des courses, la T.50 est la supercar la plus légère du marché, avec seulement 986 kg sur la balance. Même une Lotus Elise est plus lourde! En conséquence, la monte pneumatique de la T.50 reste raisonnable; il s’agit de Michelin Pilot Sport 4S en 235/35 R 19 à l’avant et 295/30 R 20 à l’arrière. Des gommes que l’on retrouve sur des sportives de grande série!

Modeste, la T.50 l’est aussi dans son gabarit. Avec une longueur de 4,35 m et 1,85 m en largeur, son encombrement est similaire à celui d’une Porsche Boxster. De quoi assurer également une maniabilité hors pair! Les portes en élytres s’ouvrent sur un habitacle à 3 places, comme la McLaren F1. Chaque propriétaire sera convié à une séance de fitting dans les règles de l’art afin de réaliser le siège et le pédalier sur mesure, selon sa morphologie.

GMA annonce également suffisamment de rangements sous le tableau de bord et dans les flancs autour du moteur pour une utilisation au quotidien. Le capot moteur adopte d’ailleurs une cinématique originale avec ses deux ouvrants façon voiture d’avant-guerre.

Régime maxi: 12’100 t/min

Qui dit voiture “analogique”, sous-entend bien sûr une motorisation qui se passe de suralimentation et de soutien électrique. La GMA T.50 s’en remet à un V12 atmosphérique exclusif développé par Cosworth. D’une cylindrée de 3,9 litres, il développe une puissance de 663 ch et 467 Nm. Hors contexte, ces chiffres ne semblent pas époustouflants. Mais mis en perspective avec le poids plume de l’engin, on se retrouve à régater dans les eaux des Ferrari LaFerrari et autres Koenigsegg CCR et CCXR avec 300 ou 400 ch de plus. Et ce n’est pas tout! GMA et Cosworth annoncent que le régime maxi de ce V12 culmine à 12’100 t/min! Digne d’une voiture de course. Par ailleurs la puissance et le couple maxi sont atteints respectivement à 11’500 et 9000 t/min.

La transmission est assurée au moyen d’une boîte de vitesses manuelle à 6 rapports, fournie par Xtrac. Notons encore que ce V12 s’équipe d’un alterno-démarreur de 48 V fixé en sortie de vilebrequin. Ainsi, le bloc moteur s’affranchit de toute courroie d’accessoires.

Aérodynamique sophistiquée

La robe de la T.50, voulue sobre afin de rester intemporelle, ne se pare d’aucun artifice aérodynamique proéminent ou prises d’air béantes. Encore un pied-de-nez aux McLaren Senna ou Lamborghini Essenza SCV12, pour lesquelles les sensations de conduite exceptionnelles qu’elles distillent passent avant tout par une aérodynamique poussée et… visible. Il a fallu donc ruser et faire preuve d’imagination pour garantir la stabilité de la T.50 à haute vitesse.

Sur la T.50, Gordon Murray actualise l’une de ses inventions les plus emblématiques: le ventilateur extracteur d’air. Lors de la saison 1978 de Formule 1, Murray avait imaginé, pour la Brabham-Alfa Romeo BT46B, un ventilateur chargé de plaquer la voiture au sol. Officiellement, le ventilateur servait avant tout à refroidir le moteur… ou comment interpréter et contourner les règlements. La saison précédente, Lotus introduisait en compétition sa Lotus 78, la première F1 à effet de sol. La monoplace de Brabham affichait une telle supériorité que le système fut interdit par la FISA après la seule course de la BT46B, au Grand Prix de Suède 1978, remporté par Niki Lauda à son volant.

Avec ses 40 cm de diamètre, le ventilateur de la T.50 remplit plusieurs fonctions: refroidissement, amélioration de l’appui et de l’efficacité, réduction de la trainée. Il travaille conjointement avec des volets mobiles à l’arrière; la T.50 embarque pas moins de 6 réglages aérodynamiques prédéfinis dont 4 sont sélectionnables par le conducteur selon la conduite qu’il souhaite adopter.

La GMA T.50 ambitionne donc le sommet de la hiérarchie automobile, ni plus ni point, démontrant au passage qu’une philosophie “à l’ancienne” est toujours compatible avec les technologies les plus avancées. Cette ambition a un prix, 2,36 millions de livres sterling hors taxes, soit un peu plus de 2,8 millions de francs suisses. La T.50 sera produite à 100 exemplaires à partir de janvier 2022.

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