Après le green-, le speedwashing?

Par Jérôme Marchon


En 1988, un Gentlemen Agreement entre les constructeurs allemands – sauf Porsche – et les pouvoirs publics débouchait sur l’autolimitation des voitures à 250 km/h. En ce temps-là, les préoccupations sécuritaires dictèrent à la démarche.

Trente-deux ans plus tard, passablement d’eau a coulé sous les ponts. Les constructeurs ont allègrement donné plusieurs coups de canif dans le contrat. L’essor des gammes sportives voire supersportives des premiums allemands nécessita de se démarquer de la concurrence… Le premier à ouvrir les hostilités fut BMW à la fin des années 90. La marque à l’hélice proposa, sur ses M5, de shunter la bride à condition que le propriétaire suive un stage de conduite maison. Chez Audi, au lancement de la R8, il devenait inconcevable de proposer une soi-disant supercar limitée à 250 km/h. Enfin, planquée derrière sa filiale AMG, Mercedes-Benz proposa l’option de débridage de ses véhicules en passant simplement à la caisse.

Il est vrai que les progrès des dispositifs de sécurité active et passive et surtout les préoccupations environnementales ont fait passer au second plan les aspects liés à la seule sécurité. Ce qui explique aussi que les constructeurs allemands se sont peu à peu assis sur ce Gentlemen Agreement sans trop provoquer de vagues.

Débat ravivé

Voilà qu’aujourd’hui Volvo – chantre de la sécurité automobile – ravive le débat. Sa promesse, faite en 2019, de limiter la vitesse maximale de tous ses véhicules à 180 km/h se concrétise. Sur la forme, je n’y vois pas de problème particulier. En fin de compte, si la mesure ne vous convient pas, passez votre chemin! Personne n’est obligé d’acheter une Volvo.

Sur le fond, en revanche, je reste plus sceptique. Qui conduit régulièrement à 180 km/h ou plus? Quid des chauffards qui s’encadrent à 120 km/h sur une portion limitée à 80? Combien d’accidents impliquent des véhicules qui roulent au-delà de 180 km/h – et qui plus est une ou des Volvo? Quel est le message que souhaite faire passer la marque? Et ensuite? Peut-être souhaite-t-elle apparaître plus vertueuse que les autres?… Visiblement pas puisque l’initiative en question ne s’applique pas à sa filiale “sportive” et trendy, Polestar. Quelle incohérence!

Vrai engagement ou coup de com’?

Fixer arbitrairement une limite de vitesse qui ne correspond à aucune législation en vigueur est dénué de sens. Le clamer haut et fort prétextant adresser une solution miracle – qui n’en est pas une – à un problème aussi vieux que l’automobile s’apparente à une opération de communication menée par des pieds nickelés.

Si la marque suédoise souhaitait réellement apporter une solution à la problématique des dangers liés aux excès de vitesse, elle ferait en sorte de strictement limiter la vitesse de ses véhicules aux limites en vigueur dans chaque pays selon les types de route. Mieux, grâce à l’autonomisation partielle et l’intelligence artificielle, Volvo pourrait réguler la puissance de ses véhicules en fonction de la topographie, des conditions météo, ou du trafic sur l’itinéraire choisi. Sur le plan technique, ce ne serait qu’une formalité grâce à l’arsenal technologique dont les autos sont aujourd’hui bardées. Dans cette hypothèse-là, oui, la démarche apporterait quelque pertinence et enverrait un signal très fort tant à l’industrie qu’au public. Avec le risque pour Volvo, cependant, de se retrouver bien seule avec son idée et ne plus vendre aucun véhicule.

Enfin, l’initiative de Volvo pose une autre question: celle de notre responsabilité d’automobiliste. Je n’attends pas d’un constructeur automobile qu’il me dicte, d’une quelconque manière, le comportement à adopter au volant. Des lois, parmi les plus restrictives en Suisse – faut-il le rappeler – sont en place afin de nous cadrer au volant, sans même parler de celles à venir qui nous prescriront quel véhicule acheter. Stop! Ca suffit!

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